L’amour dans la relation thérapeutique

L’amour dans la relation thérapeutique

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“J’ai rencontré le mystère de l’amour de nombreuses fois, mais j’ai toujours été incapable d’expliquer ce que c’était, on y trouve de la distance, de la proximité, de l’élévation et de l’humiliation, de la grandeur et de la mesquinerie.
Il n’est pas possible de discuter de l’un de ces aspects sans évoquer les autres.” Carl Gustav Jung

Avez-vous déjà remarqué qu’en français, quand on parle d’amour, nous utilisons le mot amour dans tous les cas :
- j’aime les artichauts
- j’aime les voitures,
- j’aime ma femme ou mon mari,
- j’aime mon chat, etc … …
Comment y voir clair ? comment définir de quel amour il s’agit ?

La Genèse nous dit :”Au commencement, Dieu créa l’humain à son image, homme et femme il les créa.”
Il me semble important de nous attarder sur le processus de cette relation.
Nous savons que la relation permet la rencontre avec l’être en nous grâce à la participation de l’autre.
Les kabbalistes nous enseignent que l’homme dans sa quête existentielle est amené à passer du “quoi” au “qui”, c’est-à-dire, de passer de son état objet à devenir sujet de sa vie.
Rencontrer l’autre, c’est prendre le risque de devenir soi-même. L’exercice de notre pratique, nous y engage quotidiennement…

Les frontières sont si infimes parfois entre l’amour vécu au sein d’un couple et celui du couple thérapeute/client.
Pourtant, une frontière existe et elle doit être regardée et mise au service de la relation thérapeutique.
La gestalt insiste à juste titre sur cette notion de frontière, comme lieu de rencontre et d’ajustement possible.
N’avons-nous jamais partagé cette sensation de grande proximité avec certains clients-clientes ?
Cette proximité peut engendrer une intensité tellement forte qu’elle peut conduire les deux protagonistes à ne plus savoir se situer de chaque côté de la frontière.

Quand la relation thérapeutique est installée grâce à l’alliance, l’amour peut se glisser silencieusement au sein de cet intime.
Faut-il en avoir peur ?
Faut-il s’en protéger ?
Faut-il rester distant ?
Mais de quel amour s’agit-il ? Dans le fond.

Est-ce que la qualité du travail thérapeutique sera efficace si le praticien met trop de protection ? Alice Miller écrit dans “Notre corps ne ment jamais” : “En thérapie, ce dont nous avons besoin, c’est d’un accompagnateur engagé, non pas neutre, mais un allié qui nous conduira vers la guérison de nos blessures.”
Il me semble qu’un des aspects de notre travail est d’être cet observateur attentif et engagé dans le processus thérapeutique, cherchant la posture adaptée et ajustée à chaque client.
Aimer son client, aimer la relation qui crée le lien thérapeutique…
Le cadre et l’observation du transfert et du contre-transfert sont nos précieux alliés construisant des digues contenantes et sécurisantes autant pour le praticien que pour le client.

Les grecs définissent différentes formes d’amour partant de “Pornéia”, l’amour du bébé en passant par “Philia” qui se vit dans l’amitié et pouvant déboucher vers “Agapè” l’amour inconditionnel.
Si Éros qui symbolise le désir ailé passait par là, il est important de l’interroger. Éros est le fils de Pénia, “le manque” en grec. Éros est toujours le manque, c’est ce qui cherche à être comblé…
C’est bien la forme de l’amour Agapè dont nous avons à nous servir pour être au service de la relation thérapeutique.
Je vous propose ce joli texte de Saint-Paul dans sa première lettre aux Corinthiens : “L’amour est patient, l’amour est bon, il n’est pas envieux, il ne se vante pas. L’amour ne fait rien de honteux, il n’est pas égoïste, il n’éprouve pas de rancune, il se réjouit de la vérité.”
Ni voyez pas un endoctrinement quelconque, je l’ai relevé dans un livre traitant d’éthique relationnelle.
Alors qu’en pensez-vous ? chers collègues…